Journal d'un prolétaire #23

 

Chronique d’une vielle pute à la retraite.

Je suis un homme, fils de paysan, dorénavant ouvrier et travailleur socail dans le même temps. J’ai 36 ans, et j’ai été pute de mes 24 ans à mes 30 ans. Voilà ce que je peux vous en dire plus de 5 ans après.

J’ai commencé le travail du sexe en entrant en fac de philosophie à Dijon. Je ne pouvais pas être boursier. Je viens d’une famille devenu petite bourgeoise. L’argent, on en a, mais on le surveille comme le lait sur le feu. Syndrome d’une époque de vache maigre révolue. Alors mes parents m’avait filer un petit studio à eux qu’ils ne pouvaient pas louer, avec 50€ par semaine pour survivre. Ils faut les comprendre. Depuis mes 18 ans je me pique à l’héroïne et la cocaïne. Raison de plus pour que ma famille se transforme en véritable cours des compte.

Me voilà donc étudiant. L’argent me manque. Alors je découvre le travail du sexe à un festival de tatouage. En rentrant chez moi je fais quelque recherche. Le travail du sexe des homme avec d’autres homme représente 10% de la part de marché selon Libé en 2024. Je me dis que c’est un bon filon, que si je suis pas trop gourmand, les flics et le fiscs devraient me foutre la paix. Je m’inscis direct sur le site avec des photo à la con. Je me renseigne sur les tarots. Ce doit bien être le seul travail où les hommes sont moins payé que les femmes. En général du simple au double.

Mes tarifs à l’époque :

Fellation : 50€

Baise : 120€ une heure, 200€ deux heures, etc...

Nuit : 500 à 1000€

Je comprends vite que vendre son corps, c’est apprendre à le connaître comme un outil de travail. Tout comme à l’usine où l’humilitaiton vient du fait d’être sans cesse mit en mouvement par la machine et le rythme, là, c’est l’intimité qu’il faut rendre double : une première qui n’est que celle du travail, puis celle plus personnel. Pour se protéger, j’ai vite compris qu’il fallait que je crée un personnage. Pas tout à fait déconnecter de qui je suis , pas complètement inventé. Idem pour les actes que je tarifie. Exemple assez notoire, pour me protéger, je décide d’être actif, dominant au travail, là où avec les mecs, je suis plutôt versatile d’habitude. C’est un peu comme si un travailleur manuel décidait de faire un taf dans les métiers du services, vous comprennez ?

Progressivement je dévellope des compétence en bondage et en sado-masochisme. J’utilise mon esthétique Punk pour être différent du reste du marché. L’hégémonie appartient au mec qui joue plutôt sur le coté « mec de cité », ou alors barbu bien goalé. Pour ma part j’adopte un style queer, punk. Ma clientèle découle donc forcément de ce que je propose sur le marché : petite bourgeoisie intellectuelle majoritairement. Ayant à l’époque une vague conscience de gauche, je me met à faire des tarifs pour le peu d’ouvrier avec qui je bosse.

J’épuise bien vite le stock de curieux sur Dijon. Je comprends que dans ce taf, quand on bosse depuis Internet, on est un petit patron, qui s’auto-exploite. Il faut faire des nouvelles photos constamment, travailler sur son image, demander au mec qu’ils laissent des commentaires sur le livre d’or afin de bosser à sa réputation, payé pour être mis en avant sur la plateforme, bref un taf quoi ! Pour faire rentrer de l’argent (je dirais entre 2000e et 3000e par mois, de moyenne), il faut réussir à fidéliser quelques mecs (on appel ça des réguliers), pour faire plus de fric, il faut bouger dans des villes nouvelles, car là bas on est de la chair fraîche, donc ça marche bien. J’ai appris à privilégier les villes de tailles moyenne, pas forcément connu pour être des lieux gay friendly. Par exemple Montpellier et Berlin, y’a trop de concurence. Bordeaux et la Suisse c’est vraiment de la bombe !

Niveau sécurité, je mets en place un système tout bête avec mes potes. Lorsque je vois pour la première fois un client, je leur envoie la photo si j’en ai une (au début je demandais systématiquement et loupais beaucoup de client comme ça, j’ai vite compris que vu les gros poissons qui demandaient à baiser, l’anonymat était important pour eux), je leur dit le temps, le lieux. J’envoie un S.M.S quand j’embauche et quand je débauche. Si ils ont pas de nouvelle, il rapliquent à 10 et on s’occupe de lui. Une seule fois ,j’ai eu un problème, en 7 ans ! Bon il faut dire que je fait 1m86 et que je sui un mec...

Ce taf, c’était pour le fric. Alors je ne dis pas que c’est un taf comme les autres, pendant toutes ces années, mais pas que à cause de ça, j’ai pris beaucoup de drogues, je n’ai jamais vraiment eu de relations stable, et je pense que j’ai fait souffrir beaucoup de meufs. Mais dans un même temps, ce taf m’a permis de découvrir ma sexualité sous couvert d’activité pro, j’ai vu du pays, j’ai même lier des relations amicales, et ce taf m’a même ouvert des portes. Par exemple en baisant avec un dramaturge, j’ai réussi à entrer dans une revue culturelle assez prestigieuse pour y écrire des critiques littéraires. Je pense que j’ai eu même quelque traumas, je me rappelle de la première fois où j’ai fister un mec, toute la nuit j’avais l’image de ma main qui se fait engloutir par son cul. Après avec le temps, je m’imaginais que c’était la même chose que de faire accoucher une vache. D’ailleurs malgré la taille immense de mes mains j’étais un bon fisteur, merci le travail à la ferme.

Les autres putes que j’ai rencontré avait tout de même tous une mentalité qui était tiraillé entre la conscience de l’exploitation et la logique du profit, typique de la petite bourgoisie. Cette époque pour moi est celle des lectures de Deleuze, Nietzsche, de l’autonomie et tutti quanti. En effet, j’ai vite lâché la fac de philo.

Economiquement, ce taf est vraiment compliqué. La carrière est courte. Quand tu es gay le troisième age c’est 30 ans, alors imagine quand tu es pute. Tu travailles de nuit, tu ne cotise pas et tu es exposé à des drogues, des MST, et y’a pas de formation. Heureusement que des putes de Besançon m’avait prise sous leur aile au début et m’avait expliqué les bases. Par exemple : ne met jamais l’argent sur ton compte en banque. Utilise ton R.S.A pour tout ce qui est légale (oui j’ai gardé le R.S.A, j’estimais que je pouvais pas cotiser et que j’aurais pas le chomage alors c’était une forme de compensation). Garde le cash pour les courses. Prend un deuxième bigo pour le taf.

Ce taf pour moi, c’est une expérience, pas comme une autre mais pas non plus un truc de fou.

 

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