Journal d'un prolétaire parisien #21

 Dennis Lehane - Le Silence (éditions Totem)

    Je ne m'attarderais pas sur les présentations de cet auteur, qui a notamment écrit Shutter Island et Mystic River. J'aimerai plutôt essayer de montrer ici comment littérature et théorie politique peuvent s'entremêler, à condition d'un minimum de mise en relation, et d'une formation théorique adéquate.

    Pour résumer la trame de cet ouvrage, direction Boston, ville à forte immigration irlandaise. On y sera d'ailleurs en immersion, mais nous y reviendrons plus tard. Suite à une décision de la cour, les enfants des quartier noirs iront étudier à la rentrée de 1974 dans les écoles des quartiers blancs. Levée de bouclier de la communauté blanche. Voilà pour le décors. S'en suivront la disparition de la fille de Mary Pat, une mère isolée des quartiers irlandais, la femme la plus badass que j'ai croisée jusqu'à présent en littérature. Mais aussi le meurtre d'un jeune noir américain dans une station de métro... qui est sur le territoire des communautés blanches.      

    Comme souvent, l'histoire ne débute pas vraiment au départ de la narration, mais Dennis Lehane nous laisse voir les meurtrissures des Etats-Unis, avec, comme souvent, les traumatismes et les désastres que beaucoup de familles ont eut a surmonté suite aux multiples intervention impérialistes américaines. Mary Pat aura vu son fils sacrifié au Vietnam, ne revenant jamais vraiment, laissant sa peau sur le banc d'un parc en face du pavillon familiale, d'une overdose d'héroïne.

    La fille de Mary Pat disparaîtra aussi. Entre organisation de manifestation contre le busing (transfert des enfants noirs vers les écoles blanches), et recherche active de sa fille, voilà le crédo de la narration. 

    L'intérêt de ce livre, c'est que l'on entre au sein d'une communauté qui possède un ethos conservateur, raciste, catholique et traditionaliste, teinté de solidarité de communauté. Les dialogues étant fort instructif à se propos. Les "on y peut rient" ou "ça à toujours été comme ça" ou encore le fait de renvoyer la faute sur les victimes sont des automatismes. Une manière de ne pas chercher d'histoire, de ne pas révéler comment fonctionne le quartier. Les femmes y sont assignés à des rôles qu'on met en avant. Mary Pat sera le grain de sable dans l'engrenage. Sa désinvolture, son insistance pour découvrir la vérité transformerons cette femme qu'on pensait finie en véritable fouteuse de merde. Son habitus des quartiers populaire l'y aideront grandement, notamment sa capacité à péter des gueules. 

    C'est là un des plus grands enseignement de ce livre. Y décrivant les contradictions des classes populaires, qui sont prises dans les logiques que les chefs de la communauté instaurent, le racisme au premier plan, mais aussi la débrouille, on y verra une mère de famille quitter son assignation à résidence et son taf d'aide soignante pour prendre le Magnum et comprendre les logiques des mafias irlandaises. 

    Un roman à lire, pour à la fois retenir que nos vies ne valent pas grand chose et qu'on se retrouve vite sur un siège ejectable mais aussi pour connaître la force de notre classe. Comme toujours la police aura un train de retard et c'est l'individu qui prime sur le collectif lorsque vengeance il y a, mais la littérature américaine de ce genre à le mérite de nous déplacer sur des territoires balisés par les guerre de classe, de race et de genre.  

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