Journal d'un prolétaire parisien #13

 Autonomie de classe, individu et collectif.

Le prolétariat reste un continent inconnu. Il m'apparaît comme une classe sociale certes étudiée par les travailleurs de l'industrie de la connaissance, et souvent avec rigueur et scientificité. Le problème n'est pas là. J'ai fréquenté les université, Lorsque que j'étudie des auteurs marxistes, ce qui persiste et me désole, c'est cette propension à mettre l'accent sur l'impuissance, les faiblesses ou les défauts du prolétariat. La plupart des travaux me donnent une impression générale : nous ne sommes pas à la hauteur et nous ne sommes pas capables de lutter. 

Le premier travailleur universitaire à m'avoir fait cette impression était Bourdieu. Bourdieu est un auteur puissant, sérieux et rigoureux. Mais comme beaucoup, la théorie critique est le départ d'un sentiment d'impuissance. 

 Pour faire simple, tout ce qu'ils et elles dévoilent des rapports sociaux, que ce soit en terme d'exploitation, de domination ou d'hégémonie - bref toutes les caractéristiques qui font de nous la classe dominée et exploitée - sont des connaissances qui décrivent le prolétariat comme une victime. Alors je suis bien conscient que dans toutes ces oeuvres, on retrouve des formes de résistances, qu'on a aussi des marges des manoeuvres et que nous sommes assez intelligent pour apprendre à jouer avec leurs règles du jeu tout en trouvant quelques avantages.

Je crois me souvenir que Didier Eribon définissait l'identité du prolétariat comme une ontologie négative. Dans la bouches des théoriciens critique, ça décrit une réalité que je trouve effectivement assez perspicace. C'est à dire qu'on nous décrit toujours comme ce que nous ne sommes pas. Nous n'avons pas le pouvoir, nous ne sommes pas conscients des intérêts de notre classe, nous n'arrivons pas à renverser le capitalisme, nous sommes en souffrances, etc...

 Mon propos n'est pas de dire que c'est faux. Seulement quand on privilégie ces connaissances, ce construit un récit à l'avantage de la bourgeoisie. En fin de compte, le pouvoir ce cette classe fabrique une classe comme elle l'entend. 

De mon point de vue ces travaux ne sont pas à jeter à la poubelle, ce sont les travaux d'universitaire qui souvent ne militent pas. Des philosophes italiens ont essayé de retourner cette logique. Au lieux de décrire ce que le prolétariat n'est pas, ou en tout cas en ne décrivant pas forcément des travailleurs à partir de ce qui fait que la bourgeoisie reste une classe dominante, on peut apporter à notre classe un travail théorique qui lui donne à voir là où sont ses forces, ce qui fait d'elle un sujet révolutionnaire. 

Il ne s'agit pas non plus d'idéaliser notre classe, mais plutôt de partir de nos réalités, que ce soit à partir de nos modes de vies, de nos manières de nous organiser, de notre représentation du monde, de notre engagement politique, bref, tout ce que qui fait que le prolétariat n'est pas un sujet passif, que nous pourrons contribuer à l'élaboration d'une hégémonie ouvrière. Nous pouvons nous approprier ce geste autant individuellement que collectivement. 

En ayant fait ce constat, ce journal me servira à montrer ma démarche pour devenir un travailleur conscient. J'y aborderais la question de l'organisation du quotidien, les manières de faire pour continuer à étudier et améliorer l'élaboration d'une conception du monde marxiste, mon envie de militer pour transformer le monde. Je pars de zéro car ma vie est complètement déstructurer depuis le décès de mon père et mes addictions. Mais je suis optimiste. J'ai déjà une ligne, je pense être trotkyste, ce qui peut être n'est pas à mon avantage pour m'intégrer et trouver une organisation. 

L'émancipation passe aussi par les jours heureux d'un travailleurs, l'oubli de soi est destructeur. Le fait d'avoir compris que ma vie se jouait en ayant pour travail de recherche cette ontologie positive est le fruit d'une refléxion. Pas celle d'un normalien mais uniquement celle d'un travailleurs qui ne décidera jamais de capituler. 

 Camarade parisiens, ceci est un appel, d'un prolétaire, qui revient de loin, qui cette fois ci est bien décidé à travailler sur cette hypothèse et sur le terrain. Les semaines à travailler, rentrer à 18h épuisé puis les week end seul enfermé à l'appartement car l'argent et les idées manquent lors de la solitudes n'auront pas ma peau. J'ai beaucoup à apprendre; j'espère avoir quelques signes de vous !

arnaudgoujon@tutanota.com 

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